De nombreuses critiques pèsent actuellement sur la justice pénale française. Trop douce pour les uns, trop sévère pour les autres, les décisions qu'elle rend sont souvent remises en cause par diverses opinions d'experts comme de profanes. En définitive, nombreux sont ceux qui en arrivent, à un moment ou à un autre, à cette même conclusion paradoxale : la justice est injuste.
Pourtant, l'autorité de la chose jugée est un principe important en droit, selon lequel ce qui est jugé doit être tenu pour vrai et ne doit plus pouvoir être contesté ultérieurement ni par les parties, ni par le juge, autrement que par voie de recours. Montesquieu disait, à ce propos :
Le repos des familles et de la société toute entière se fonde non seulement sur ce qui est juste mais encore sur ce qui est fini.
En matière de justice pénale, deux conceptions majeures s'affrontent depuis le XIXème siècle : une doctrine classique et une doctrine moderne. Selon la doctrine classique la peine infligée à l'auteur d'une infraction est la rétribution de son infraction. La fonction rétributive de la peine répond ainsi à la loi du talion : « oeil pour oeil, dent pour dent ». Selon la doctrine moderne, la peine doit être un moyen pour socialiser le délinquant qui, par la commission de l'infraction, a montré qu'il n'était pas socialisé. Pour les classiques, la peine est un châtiment ; pour les modernes, la peine s'inscrit dans un processus pédagogique. Cette opposition correspond à celle entre la répression et la prévention.
A mon sens, aucune de ces conceptions n'est injuste. La loi du talion instaure la proportionnalité de la peine. Le mal infligé injustement est rendu de manière équivalente. Une autorité judiciaire impartiale veille à cette proportionnalité, alors qu'une justice privée aurait tendance à méconnaître ce principe et à rendre les coups au double. La théorie moderne est tout aussi défendable. Sa finalité est de lutter contre la récidive. Plutôt que de se contenter de sanctionner l'infraction a posteriori, elle tend à l'empêcher a priori.
Il me semble qu'une certaine confusion s'est installée entre ces deux conceptions qui, à mon sens, sont inconciliables, et que c'est de cette confusion que naissent de nombreuses critiques portées à la justice pénale. Pour les modernes, la peine est encore trop un châtiment, tandis que pour les classiques, elle ne l'est plus assez. Le délinquant des modernes sort de prison avec un diplôme, une formation, un acquis lui permettant de mener une vie honnête. Celui des classiques a, par une lecture assidue du Code pénal, suffisament peur de la peine qu'il encourt pour renoncer à commettre l'infraction. Le réel navigue entre ces combats doctrinaux actuels qui traversent les acteurs de l'Institution judiciaire.
Bruno Latour a intitulé un de ses livres : « Nous n'avons jamais été modernes » et, en effet, si nous savons ce qu'est la modernité, nous n'avons jamais réellement basculé d'une conception à l'autre. Le processus selon lequel nous sommes sensés entrer dans la modernité n'est pas achevé. Selon la citation de Montesquieu, le repos des familles et de la société toute entière n'est donc pas fondé en la matière.
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