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Le blog de Tim.

Ce que je pense.

Deleuze – Appareil d’État et machine de guerre – 2

Publié le 2 Mars 2014

Alors, c'est embêtant, vous étiez pas là, parce que la dernière fois, j'ai dit le programme ou, du moins, le début du programme que je me proposais et en quoi ce début, ce programme, était en jonction avec ce qu'on avait fait l'année dernière. Et donc, j'ai fait, autant que possible, une espèce de récapitulation de notre travail de l'année dernière concernant avant tout le mode d'existence, le mode d'espace, le mode d'organisation de ce qu'on appelait machine de guerre et comment on avait été amené à distinguer, au moins abstraitement, au moins du point de vue du concept, comment on avait été amené à distinguer de plus en plus machines de guerre et appareils d’État. Et puis, à la fin de l'année, on butait de plus en plus, alors, la question suivante : et ben voilà, si la machine de guerre se définie, comme on avait essayé de le faire toute l'année, par un certain mode d'espace, par un certain mode d'organisation etc. qui se distinguent, mais radicalement du point de vue du concept, de ce qu'on trouve dans les appareils d’État, et bien, si donc l'appareil d’État ne dérive pas d'une machine de guerre mais si, bien au contraire, les machines de guerre sont, entre guillemets, originellement dirigées contre les appareils d’État, si les appareils d’État dans toute leur histoire se lancent dans une longue entreprise très difficile qui est de s'approprier la machine de guerre et ils s'approprient la machine de guerre sous forme d'institution militaire, sous forme d'armée, alors que la machine de guerre en elle-même, c'est tout à fait autre chose que l'institution militaire et l'armée. Bon, bon, bon, bon, bon. Si tout ça est vrai, on butais, et c'était la fin de notre année, heureusement qu'elle a terminé, la fin de notre année dernière, on butait de plus en plus sur la question : bon, mais alors, quoi ? Quoi quant à l'appareil d’État ? D'où peut venir une pareille chose ? Et cette chose, juste dans le courant de l'année dernière, on avait passé ça, en s'appuyant sur des auteurs très différents, de la définir comme un appareil d'un type très, très spécial, à savoir l'appareil d’État, c'est un appareil de capture. Un appareil de capture. Ça capture les hommes. Tout n'est pas appareil de capture. Peut être que les sociétés dites sans État procèdent autrement. Et encore une fois, je dis, pour l'année dernière tout comme pour cette année, on n'essayait pas d'évaluer des degrés de cruauté. La cruauté de la machine de guerre, est-ce qu'elle est pire que la cruauté de l'appareil d’État ? Aucun sens. Je rappelais une de nos idées de base la dernière fois, une de nos idées qui nous avait beaucoup occupé l'année dernière, à savoir l'idée que dans l'appareil d’État, et l'organisation du travail de l'appareil d’État implique, ce qu'il y a de très curieux, c'est que la mutilation est comme première. On est comme déjà mutilé, la mutilation précède l'accident. Alors que dans la machine de guerre qui fait des mutilations abominables, qui est même la spécialiste en ce sens, la mutilation, elle vient après. Donc, c'est pas savoir qu'est-ce qui est le pire, un mutilé du guerre ou un mutilé du travail ? Aucune raison de dire... Et puis les sociétés qui procèdent autrement, on verra par quel mécanisme elles peuvent procéder mais, encore une fois, la question c'est pas du tout celle de la cruauté, c'est plutôt celle des types et celle d'une espèce de typologie des cruautés, de la cruauté. Bon, donc on était toujours appuyé à la question : bon, vous dites, très bien, de quoi ne vient pas l'appareil d’État, mais alors, de quoi vient-il ? Et la dernière fois, je rappelais où on en était l'année dernière, à savoir, quelles que soient les explications qu'on donne de l'appareil d’État, on a le sentiment que ces explications le présupposent et je donnais la liste des thèses classiques concernant l'origine de l’État et à chaque fois, il me semblait, à tort ou à raison, que ces explications ne rendaient compte de l’État que en le supposant déjà donné, déjà là. Alors, c'est ça qui nous poussait dans notre problème. Comment expliquer un appareil de capture et comment expliquer le succès d'un tel appareil et comment a pu se faire le succès d'un appareil de capture dans sa différence avec une machine de guerre ? Ce qui veut dire que l'appareil de capture constitué par l’État ne procède évidemment pas par la violence de la machine de guerre. Il procède autrement. Encore une fois, j'insistai là-dessus l'année dernière, mais j'ai pas du tout développé ces thèmes l'année dernière, j'insistai déjà sur ceci qu'il est pas question de confondre la police et l'armée, par exemple, la police et le guerrier, même si il y a toutes sortes de mélanges de fait. La violence de police, c'est pas la même chose que la violence de guerre, c'est pas la même chose que la violence d'armée. L’État, il est policier, il est geôlier, je disais, bien avant d'avoir, et bien avant de s'approprier la machine de guerre sous forme d'institutions militaires. L’État, il a procédé d'abord, avant tout, avec policiers et geôliers. D'où venait un tel pouvoir ? Alors, on en est là : qu'est-ce que c'est que cette capture civile qui ne se fait pas par les armes ? Bien sûr, encore une fois, l’État s'appropriera la machine de guerre, mais ce n'est pas notre question. Dire que l’État s'approprie la machine de guerre et a besoin de se l'approprier pour survivre, c'est bien indiquer qu'il en tire pas son outil, qu'il en tire pas sa source, et qu'il ait énormément de problèmes pour s'approprier la machine de guerre et à quel prix, ça on aura l'occasion de le voir dans des exemples détaillés. Mais enfin... donc, si il ne suppose pas, si la capture d’État ne suppose pas une machine de guerre... Ce qui nous avait paru exemplaire, c'était les mythes rapportés par Georges Dumézil et le mythe principal du souverain politique qui surgit sur le champ de bataille, qui lance son filet, c'est le dieu noueur, c'est le dieu lieur, c'est le dieu du nœud, il lance son filet, il opère sa capture et son surgissement sur le champ de bataille fait taire les armes. C'est donc pas du tout un dieu de la guerre et les analyses de Dumézil le confirmait absolument. Il s'agit d'une capture civile, pas du tout d'une capture de guerre. Eh ben ici, on défini comme ça l'appareil d’État, voilà, il y a appareil d’État donc il y a appareil de capture. Vous me direz : est ce qu'on avance ? Ce qui me paraît intéressant, c'est que c'est déjà une définition, bonne ou mauvaise, à ma connaissance, elle est pas très, très nouvelle, elle l'est relativement, quoi, concevoir l’État par l'opération de la capture. On se trouve toujours, encore une fois, et c'est là dessus que l'année dernière on avait fini : très bien, ça s'explique pas, on dirait que ça surgit tout fait. Ça surgit tout d'un coup. Seulement, quand je dis : ça surgit tout d'un coup, ça vaut pas mieux, en effet. Je dis : ça surgit tout d'un coup, bah oui, c'est un coup étonnant, ça réussi, voilà. Alors, là dessus, toutes les questions : pourquoi ça réussi ? Comment ça réussi ? Où ça réussi ? C'est quand même curieux cette histoire. Ça suffit pas de dire quand même... Quelque explication qu'on nous propose, l'explication suppose déjà ce qui est à expliquer. C'est pour ça que nous allons aller plus doucement. Et quand je parle d'un surgissement de l'appareil d’État comme appareil de capture, je dis, en premier pas, en tout premier pas, je dis que beaucoup d'entre vous voient ce à quoi je fais allusion. J'ouvre une dernière parenthèse, quant à ceux qui ont fait, qui ont suivi l'année dernière, qui était, elle, centrée sur la machine de guerre, si il y a des points dont on ait besoin cette année, sur lesquels il faut revenir, ou ils ont des choses à ajouter etc... il va de soi qu'ils sont avant tout bienvenus à signaler tout ça. Notamment sur les formes d'espace qu'on avait distingué, si il faut reprendre des points... Bon alors, je dis, vous voyez bien ce à quoi renvoi l'idée d'un appareil d’État qui surgit d'un coup. Et encore... Encore une fois, il va falloir être très prudent.

Ce qui nous vient immédiatement à l'esprit, c'est, en effet, c'est ce qui fait parti des découvertes marxistes. Ce qui veut pas dire que le marxisme ait forcément intégré dans quelles conditions, quelles problèmes ça a posé. Je fais allusion à toute la conception de ce qu'on appelle les formations despotiques ou asiatiques. Et là je dis des choses, parce que comme je voudrais que petit à petit, pas les premières fois, mais que s'organise un minimum d'échanges, je dis que... Est-ce que vous vous rappelez qu'à Vincennes, dans ce qu'on essaye de faire en philosophie, on tient énormément à ce qu'il n'y ait pas ce qu'on appelle une progressivité, c'est à dire qu'on puisse tenir exactement le même langage à ceux qui commencent, à ceux qui débutent ou à ceux qui ont déjà beaucoup, je sais pas quoi, d'expérience philosophique, ça veut rien dire... Alors, je dis comme ça, cette question célèbre dans le marxisme des formations despotiques ou asiatiques. D'abord, on élimine tout de suite quelque chose. Ça vient d'où ? Ça vient pas de Marx. Originellement, chacun sait que le thème despotisme asiatique s'est formé au XVIIIème siècle, notamment avec Montesquieu. Mais dans l'idée de Montesquieu, lorsqu'il défini ce qu'il appelle pour son compte le despotisme asiatique, on voit bien qu'il a une arrière pensée politique active qui est une critique de la monarchie absolue. Et l'on voit bien surtout que ce qu'il décrit comme phénomène asiatique, ce sont des phénomènes d'Empires très évolués. Tiens, très évolués, je met ça de coté, parce que est-ce que je suis déjà en train de dire : « eh bah, il y a une évolution de l’État » ? Je veux dire, c'est des empires très évolués ceux dont nous parle Montesquieu, pour la bonne raison que c'est déjà des régimes où apparaît la propriété privée, où apparaît le conseil du prince, le conseil privé du despote etc... Lorsque Marx invoque l'idée de formation despotique ou asiatique, c'est évidemment d'une toute autre manière, et on ne peut pas dire, en aucun cas, même qu'il reprenne quelque chose de Montesquieu. Je crois qu'il propose quelque chose de radicalement nouveau. En liaison avec quoi ? En liaison avec un ensemble de découvertes archéologiques qui commençaient à se faire et dont je tiens à dire que en se poursuivant elles ont singulièrement confirmé le schéma marxiste. Voilà le premier point.

Deuxième point sur lequel il faut bien que je passe vite, la bibliographie concernant cette question de ces formations impériales anciennes. On les appelle, alors elles ont plusieurs noms, faut les repérer donc, formations despotiques asiatiques, Empires archaïques, je ne dis pas antiques, je dis exprès Empires archaïques. Quelle époque ? C'est du néolithique. Un grand archéologue dont on a parlé l'année dernière, Childe, parle de la révolution urbaine et étatique du néolithique. Bon. Réglons tout de suite des questions comme ça. La bibliographie marxiste sur ces empires archaïques, si j'en donne une sommaire. Texte principal, le texte célèbre de Marx qui lance la question dans les Grundisse, par exemple dans l'édition de La Pléiade, c'est dans le livre, pas édité par Marx, dans les notes, dans le brouillon intitulé principes d'une critique de l'économie politique et, dans l'édition de La Pléiade, c'est page 314 que vous trouvez la grande description de la formation archaïque impériale, tome 2. A la suite, livre très important d'un marxiste qui a rompu avec le marxisme et qui s'appelle Wittfogel qui a été traduit sous le titre : le despotisme oriental et avec une préface très importante de Vidal-Naquet, une préface critique très importante. Troisième grand livre, difficile à trouver mais en bibliothèque, je le cite, parce que c'est un marxiste hongrois dont je crois que c'est un des meilleurs marxistes actuels, qui s'appelle Tökei et qui a publié en Hongrie mais en français un texte intitulé sur le mode de production asiatique qui est un des plus beaux textes sur ce sujet. Et enfin, un recueil collectif du CERM, centre d'étude et recherche marxiste, qui s'appelle, qui a le même titre, qui est un recueil d'articles forcément inégaux et qui s'appelle : sur le mode de production asiatique.

Pour aller vite, je précise aussi, ça veut dire quoi ? Pourquoi asiatique ? Qu'est ce que c'est quand on dit formation despotique asiatique ? Quand on dit mode de production asiatique ? D'abord, pourquoi est ce qu'il y a tous ces mots ? Et pourquoi asiatique ? Parce que c'est en Asie qu'on les découvre d'abord. Au Moyen-Orient, Proche-Orient, Moyen-Orient, Extrême-Orient. Mais, petit à petit, ce sera confirmé partout. Et déjà , Marx le signale. Ce sera confirmé partout mais sous la forme la plus étrange qui soit. Ces formations, ces grands Empires archaïques, on les trouverait non seulement au Proche, Moyen, Extrême-Orient, par exemple Égypte, Inde, Chine, mais on les trouvera en Amérique du sud, les grands Empires d'Amérique du sud, on les trouverait à l'horizon de la Grèce, l'Empire crétois et, encore, pour une moindre part, mais faudra comprendre pourquoi pour une moindre part, l'Empire de Mycènes. Et comment comprendre l'Histoire grecque sans se référer à ces Empires ? Comment comprendre l'Histoire grecque sans se référer à ces Empires, c'est vite dit. Et puis pour Rome, on trouve aussi, on a l'impression, alors tout le monde est content parce que c'est une espèce d'horizon inconnu. Pourquoi inconnu ? Ces grands Empires que l'archéologie ressuscite, ils ressuscitent encore une fois partout. En Amérique du sud, même dans l'Europe au niveau de l'Anatolie, de Mycènes, pour Rome : l'Empire étrusque. Et tous ces Empires, bizarrement, semblent avoir quelque chose de commun, des points communs. Et en même temps qu'est ce qui fait qu'on se dit : mais qu'est ce qui se passe, qu'est ce qui a bien pu se passer ? C'est que ces grands Empires sont traversés par un oubli fondamental. Comme si ils disparaissaient et que la mémoire en fut annulée. Disparition des grands Empires d'Amérique du sud, pourquoi ? Un cas particulier, ces grands Empires, on appellera grands Empires archaïques, j'essayerai de justifier le mot grand, parfois des Empires pas bien grands. Il y a un cas célèbre, aussi mystérieux que les autres, le fameux Empire ou la fameuse formation impériale qui a semblé régner sur l'île de Pâques et avoir inspiré et fait les statuts colossales. Brusque anéantissement de cette civilisation... Mycènes, la Crète, Mycènes, il y a l'invasion dorienne, un oubli radical, la Cité grecque vraiment ne naît qu'avec un oubli, une espèce d'oubli absolu de son passé impérial. C'est curieux. D'où ça peut venir ça ? Qu'est ce qui fait que, même dans le marxisme, cette histoire des formations impériales archaïques était très... Je dis très vite que, et vous en trouverez les échos dans le recueil du CERM, c'est que, en un sens, ça les arrangeait pas, ça n'arrangeait pas un marxisme ordinaire pour deux raisons. Deux raisons d'ailleurs liées. Ça mettait en question la fameuse théorie des stades et de la progressivité et ça, on y a fait allusion la dernière fois avec les explications progressivistes de la formation de l'appareil d’État. Là, dans ces formations impériales, il semblait vraiment que l'appareil impérial surgissait tout monté. Donc il vient renforcer, c'est pour ça que je commence par ce problème, donc il vient renforcer notre question : comment ça peut se faire une pareille histoire ? Cet espèce d'énorme appareil de capture dont on va voir la nature tout à l'heure, et qui surgit tout monté. Donc, ça pouvait gêner dans le marxisme la théorie des stades et de la formation progressive de l'appareil d’État. Et puis, il faut dire que ça suggérait aussi autre chose, ça suggérait, à tort ou à raison, faudra aussi qu'on voit ça, mais enfin c'était très bizarre, ça suggérait que, après tout, ce stade des vieilles formations archaïques impériales, du despotisme asiatique, peut être, aurait pu dire un anti-marxiste, ou aurait pu dire un anti-communistes ou aurait pu dire, je sais pas quoi, il est vrai que beaucoup de choses ont commencées à partir de là : « Tiens, qu'est-ce que la Révolution Russe et qu'est ce que Staline a fait sinon ressusciter les vieilles formations despotiques ? » Et, Wittfogel, marxiste repenti, retourné, fondait tout son livre, qui est d'ailleurs très long, intitulé le despotisme impérial, le fondait tout entier sur un parallèle assez pénible du type : Staline est l'empereur de Chine. Alors évidemment, là dessus, les marxistes chinois, les révolutionnaires chinois, les marxistes soviétiques, se sont lancés dans des, et il est vrai, c'est très curieux, que Staline a radicalement barré, a radicalement censuré toutes les recherches sur ce type de formation. Même les textes de Marx n'ont été connus que très tard. D'abord en cachette, d'abord... enfin c'est une longue histoire. Bon. Alors on se dit, on abandonne l'histoire, savoir si Staline c'est le maître d'un Empire archaïque, c'est pas très intéressant pour nous dans l'état actuel de... au point où on en est, mais je dis : voilà les raisons qui ont fait que dans le marxisme ça a été longtemps une question brûlante, aussi bien au niveau des chinois, aussi bien au niveau de la Révolution chinoise que au niveau de l’État soviétique. Pourquoi ? C'est là alors que j'en finis avec toutes ces introductions, je dis comment c'est défini ?

Vous verrez le texte de Marx, il est très beau, très beau. Il dit : voilà, il y a des communautés agricoles, des communes agricoles, je dis que c'est le premier, que c'est le schéma de Marx, je dis pas que ce soit le notre ou celui que je vous proposerai, faut bien commencer par quelque chose. Des communes agricoles et, sur la base de ces communes agricoles distinctes les unes des autres, s'érige une unité supérieure. Les communes agricoles, elles restent en possession du sol, elles possèdent le sol sous forme d'une possession communale. Mais l'unité éminente supérieure, à savoir l'unité du despote, seule est propriétaire. Les communes possèdent le sol sous forme de possession communale, le despote est l'unité supérieure, c'est comme une espèce de pyramide, qui est le propriétaire éminent du sol. Qu'est ce que ça veut dire tout ça ? Évidemment, Marx insiste énormément là dessus, qu'est ce qui rend possible cette espèce, non pas de réunion des communes agricoles mais de, pour parler savant, de subjonction de communes agricoles sous une unité transcendante formelle, l'unité du despote ? Ce qui rend possible cela, selon Marx, c'est qu'il faut que l'agriculture ait déjà atteint un certain niveau de développement. C'est parce que l'agriculture a déjà atteint un certain niveau de développement au niveau de la productivité, donc avec des moyens de production assurés par un artisanat, tout cela implique un certain mode de production, un développement, un mode de production relativement développé. La base reste encore la commune agricole, mais elle se trouve, en vertu des forces productives dont elle dispose, elle se trouve confrontée à des problèmes qui dépassent chaque commune. Et ces problèmes, Marx et Engels insistaient déjà sur la nature de ces problèmes et tout le livre de Wittfogel est centré sur ce point très important puisqu'on le retrouvera pas toujours, mais un peu partout, à savoir que ce développement des forces productives agricoles permet d'une part la formation d'un surplus stocké, donc on sort de l'économie de subsistance pour entrer dans une économie de surplus ou de stock, il y a formation d'un stock donc l'état de ce mode de production rend possible la formation d'un stock et rend nécessaire quoi ? Et rend nécessaire des travaux hydrauliques. Travaux hydrauliques qui peuvent être très différents si vous prenez le cas de la Chine, par exemple les rizières, si vous prenez le cas du Nil , de l’Égypte avec les crues du Nil, si vous prenez le cas de la Grèce, par exemple Mycènes avec assèchement de marais, et c'est assez bizarre que sous des figures très, très différentes, vous retrouviez le thème : des travaux hydrauliques. Au point que Wittfogel appelait ces anciennes formations archaïques des Empires hydrauliques. En cherchant mieux, on s'aperçoit, mais ça change pas grand chose, que parfois c'est pas hydraulique, peu importe, il y a des cas où c'est pas les travaux hydrauliques qui sont fondamentaux, ça change rien, il y a une complémentarité entre une économie devenue capable de produire du stock et des grands travaux qui développent des formes de production. Vous voyez, le schéma est assez simple. Donc les communes sont pyramidalisées ou alors, disons tout de suite un mot qui va me servir, pour essayer un peu de placer mon vocabulaire à moi, par commodité, parce que j'en ai besoin, je dirais, les communes agricoles restent possesseurs du sol. Vous direz aussi bien que les codes communautaires subsistent, et en effet les communes sont indépendantes les unes des autres. Les codes communautaires subsistent. Simplement la formule de l'Empire archaïque, c'est les codes communautaires subsistent, mais ils sont surcodés. La vieille formation impériale est une formation qui consiste, à la lettre, en un surcodage.

J'en profite immédiatement pour, dès lors, donner, parce que j'en aurais besoin pour toute l'année, une définition de ce que, pour mon compte, je voudrais appeler surcodage. Je dirais qu'il y a surcodage lorsque les codes dits primitifs étant conservés... Qu'est ce que signifie code primitif ? Ça signifie : entrelacement de deux données constitutives de ce qu'on appelle codes primitif, à savoir lignage/territoire. Lorsque des lignages épousent ou modèlent ou modulent des territoires, vous avez un code dit, sommairement, c'est quelque chose de très, très sommaire, je dirais que c'est un code primitif. C'est les noces du lignage et du territoire. C'est très souple. Ça fonde, si vous voulez, en effet, ce qu'on peut appeler une commune primitive. Je dirais qu'il y a surcodage lorsque les codes étant conservés, je réserve donc le mot code à ces entrelacements de lignages et de territoires. Entrelacements très mobiles, c'est très souple les codes, pourquoi ? Parce que les territoires sont en quelque sorte itinérants, on change de territoire et les lignages eux-mêmes changent constamment, sont remaniés. Il y a donc remaniement, double remaniement, non pas du tout par cause/effet, il y a double remaniement simultané des lignages et des territoires. Quand un lignage devient plus important, il prend tel ou tel territoire... Enfin, c'est ça que j'appelle code, ces espèces de dynamiques lignage/territoire. Je dis qu'il y a surcodage lorsque les codes subsistent mais sont, d'autre part et en même temps, rapportés à une unité formelle supérieure qui donc va, à la lettre, les surcoder. Je retiens, on a vraiment l'air de dire rien, mais il faut bien poser les notions pour les fois prochaines, je retiens là que je viens d'essayer de donner une des définitions très, très rudimentaire de deux thèmes : code et surcode. Lorsque les codes, n'est ce pas, qui sont des unités dynamiques de lignages et de territoires sont surcodés par une unité qui sera précisément l'unité formelle éminente du despote, à ce moment là, vous avez un surcodage qui défini l'Empire archaïque. Bon. Mais, d'où il vient ? De quoi il s'occupe ce surcodage ? Bah, on retrouve ça, je l'ai dit la dernière fois, j'avais commencé à le dire, mais là, je le retrouve à un autre niveau donc... Il va être propriétaire éminent du sol dont les codes communaux ne définissent que la possession. Il va être propriétaire éminent du sol, c'est une pyramide, mettons, comment on appelle ça ? C'est pas une pyramide, c'est un trièdre, enfin on pourrait trouver une quatrième face, mais il y a trois faces, c'est absolument... La base, ce serait les communes, les communes codées, puis le surcodage avec ses trois faces, c'est l'unité formelle supérieure, l'unité despotique comme propriétaire du sol, comme propriétaire éminent du sol. Deuxième point, comme maître des grands travaux, à commencer par travaux d'irrigation, travaux hydrauliques ou de toute autre nature. Je vais préciser tout à l'heure de toute autre nature. Et troisièmement, maître des redevances, des tributs, c'est à dire en gros maître des impôts. Vous vous rappelez la trinité à laquelle on était arrivé d'une autre manière la dernière fois ceux qui étaient là ? On disait, ben oui, l'appareil de capture, l’État comme appareil de capture, il a trois faces, il a trois têtes, c'est un appareil à trois têtes, il y a trois faces qui sont les trois faces de l'appareil de capture, sous sa forme la plus ancienne, je disais, mais là, voilà, on a quand même avancé, on trouve une confirmation, on est en train de mieux situer dans l'Histoire, on comprend rien à comment ça a pu se passer toujours une pareille chose, c'est pas possible, halala...

Je disais, les trois têtes ou les trois faces, c'est quoi ? C'est la rente foncière et j'annonçai que cette année il faudra, mais il faudra trouver le moyen que ce soit, je sais pas, que ce soit rigolo... Moi je trouve ça amusant, alors c'est... Trouver, essayer d'expliquer ce que c'est que la rente foncière, sans du tout qu'on se prenne pour des économistes, si il y a des économistes parmi nous ce sera parfait. Je disais, la première face de l'appareil de capture, c'est la rente foncière. La deuxième face, c'est l'organisation du travail. Et, je réenchaînait avec un thème qu'on avait commencer à voir l'année dernière mais auquel cette année, je voudrais attacher vraiment beaucoup d'importance, ce serait encore une fois en hommage aux travaux des autonomes italiens et de Toni Négri en particulier. Il y a une chose qui est évidente là, qui vaut pour toute civilisation et qui vaut déjà pour l'ancien Empire archaïque, à savoir, en termes là aussi d'économie, ce n'est pas le sur-travail, ce qu'on appelle le sur-travail, le travail excédentaire qui dépend du travail, c'est le travail qui dépend du sur-travail, c'est à dire la notion de travail n'a pu se dégager qu'à partir du moment où un appareil de capture forçait les gens à opérer un sur-travail, c'est le sur-travail qui est premier par rapport au travail. Donc, le second aspect de l'appareil de capture, c'est : le despote n'est pas seulement le propriétaire éminent du sol et à ce titre, celui à qui revient la rente foncière, le rente foncière, c'est le revenu du propriétaire du sol, en deuxième face, sa seconde face, son second visage, c'est : « je suis le maître du sur-travail et par la même le maître de tout travail. » En d'autres termes, c'est l'entrepreneur, l'entrepreneur des grands travaux, à commencer par les travaux hydrauliques. Donc, la rente foncière de la propriété terrienne, premier caractère. Deuxième caractère, le profit de l'entrepreneur. Troisième caractère, le maître des impôts, pourquoi ? Pour une raison très simple puisque c'est lui qui invente la monnaie et qui a toute raison d'inventer la monnaie et que, je disais, la monnaie – encore une fois, on verras, on auras l'occasion de le voir – la monnaie, ça vient évidemment pas du commerce – ou peut-être que oui, il y a déjà, mais là j'avance mon temps parce qu'il y en a déjà parmi vous qui pensent que ce sera quand même à régler moins vite cette question – mais, je suggérais comme hypothèse de base que, bien loin de venir de – et elle est pas de moi, certains auteurs la soutiennent très bien cette...– loin de venir du commerce, la monnaie a pour origine l'impôt et qu'elle n'est commerciale que secondairement. Et pourquoi l'impôt ? Et en effet, le despote, c'est pas par hasard qu'il est à la fois l'instaurateur de l'impôt et le maître du commerce, le monopole, il possède le monopole du commerce extérieur. Ça se comprend très bien. Supposez que la monnaie vienne de l'impôt, soit la forme institutionnelle de l'impôt, que, par là, le despote devienne le maître du commerce extérieur et que ce soit ça son troisième aspect. Or, je dis : quelle est la formule de l'Empire archaïque ? Si vous voulez, si je reprend les trois choses : rente foncière de la propriété terrienne, profit de l'entreprise, commerce et impôt, à savoir la banque (coupure)

...il y a une évolution de l’État. Je dis, s'il y a un État qui a réalisé la splendide unité des trois, du propriétaire, de l'entrepreneur et du banquier, c'est évidemment l’État impérial archaïque. Pourquoi ? Parce que rente foncière, profit d'entreprise et impôts sont strictement une seule et même chose. Et, en effet, ça se comprend très bien que ce soit la même chose puisque les communes doivent une rente foncière au propriétaire éminent, c'est à dire au despote. Elle vont le faire en quoi ? Elles vont le faire, à la fois en produits de nature, en produits naturels que le despote stocke et en service, c'est à dire en travail, en corvées, en travail. D'où le nom, que l'on trouve déjà chez Marx à propos de ces formations despotiques : esclavage généralisé, qui n'a rien à voir, en effet, avec l'esclavage privé puisque l'esclavage généralisé désigne l'activité des communes en tant qu'elles sont soumises au sur-travail imposé par le despote et les grands travaux du despote. C'est donc pas du tout ce qu'on appelle l'esclavage antique, c'est un esclavage archaïque, un esclavage généralisé, c'est à dire un esclavage communal, un esclavage collectif. Bon, donc, sous l'aspect où le paysan communal donne des produits au grand despote, c'est la rente foncière, sous l'aspect où il donne du travail, en fait du sur-travail, qui va être déterminant puisque c'est cela, c'est précisément l'existence du sur-travail dans l’État qui va instaurer le régime travail. Sinon, encore une fois, il n'y a aucune raison que l'activité soit prise dans le modèle travail. Encore une fois, chez les primitifs, dans ce qu'on appelle les primitifs, c'est pas du tout que les primitifs ils fassent rien, ils passent leur temps au contraire à agir mais c'est évident que leur activité n'est pas prise dans le modèle travail. Pour qu'il y ait un modèle travail, encore une fois, il faut qu'il y ait un sur-travail. C'est le sur-travail qui détermine et qui fait passer l'activité sous le modèle du travail. Le sur-travail est premier par rapport au travail ; c'est lorsqu'il y a du sur-travail que, à ce moment là, l'activité devient travail. Bon, donc ça marche très bien. Et troisièmement, impôts, pourquoi ? C'est que c'est là qu'il y a quelque chose de très important, c'est que ces trois faces, l'argent, la monnaie, l'entreprise, à savoir le sur-travail et les grands travaux, la propriété éminente du sol et la rente foncière, ces trois aspects, ils impliquent ce que Marx fait déjà intervenir comme un facteur déterminant de ces vieux Empires archaïques, précisément, ils impliquent pas une machine de guerre. Même, hypothèse : si ces Empires disparaissent si brusquement et dans des conditions si mystérieuses est-ce que c'est pas parce que, archaïquement, ils n'ont pas de machine de guerre et qu'ils se trouvent devant une machine de guerre qui est bâtit contre eux et que cette machine de guerre bâtit contre eux... Alors faite par qui ? On a déjà la réponse l'année dernière. Puisque notre hypothèse l'année dernière c'était que la machine de guerre, c'était justement l'invention des nomades, que c'était la riposte des nomades contre ces grands Empires archaïques. Et, s'ils connaissent une liquidation radicale, quitte à renaître sous des formes évoluées, quitte à etc., si tant d'entre eux disparaissent sans laisser d'autre trace que l'archéologie qui est retrouvée aujourd'hui vaguement, est-ce que c'est pas parce qu'ils se trouvent comme vraiment rasés par ? Bon, peu importe, on laisse ça de, pour le moment, de coté. Mais, ce que je veux dire, c'est que ils marchent pas en effet avec une machine de guerre, en revanche, ils marchent avec une bureaucratie. Et cette bureaucratie impériale, il s'agit pas pour nous du tout de tout lier, au contraire, il s'agit dès maintenant de faire le maximum de différence. Ce sera un problème pour nous très, très important, d'essayer de distinguer cette bureaucratie supposée et déjà très forte puisque, là on est sûrs, l'archéologie nous donne quand même des renseignements sur ce qu'était la bureaucratie, par exemple dans l'Empire babylonien, ce qu'était la bureaucratie dans l'Empire égyptien, ce qu'était la bureaucratie dans l'Empire chinois, on est très renseigné là dessus, donc on a des bases tout à fait sérieuses. Et bien ce sera un problème de distinguer les formes modernes de bureaucratie et comment elles se sont établies et ces formes archaïques de bureaucratie... Or, la bureaucratie impériale, elle implique quoi ? Elle implique évidemment des propriétaires délégués qui reçoivent la rente foncière communale à la place de l'empereur. C'est pas l'empereur qui compte, c'est toute cette bureaucratie. Les trois faces de la pyramide, les trois faces du trièdre, c'est, à la lettre, si j'appelle le sommet l'unité formelle éminente, les trois faces du trièdre, c'est les trois faces de la bureaucratie et la base, c'est les communes agricoles, c'est tout simple comme schéma. Or, vous avez un premier aspect de la bureaucratie qui est liée à la rente foncière, ça implique une bureaucratie énorme, on verra pourquoi, en vertu de ce qu'est la rente foncière même. Les grands travaux, pas besoin de dire, les grands travaux, ça implique précisément ce qu'on a tellement analysé l'année dernière, à savoir le rapport fondamental qu'il y a entre le signe et l'outil. Et le couple signe/outil, c'est le couple bureaucratie/grands travaux. Donc, des fonctionnaires bureaucrates représentants du despote reçoivent des terres et reçoivent la rente foncière attenant à ces terres, vous me suivez ? D'autres, ou les mêmes, ou ce que vous voulez, sont les entrepreneurs délégués aux grands travaux. Mettons, donc, le grand despote leur délègue et la rente foncière ou une partie de la rente foncière et une partie du profit d'entreprise. C'est beaucoup ! En échange, qu'est ce qu'ils doivent ? Eux-mêmes, vous voyez, ils sont pas au même niveau que les hommes de la commune, que les agriculteurs, mais à leur tour, ils doivent à l'Empereur dont ils sont les bureaucrates. Ils doivent quoi ? Ils doivent une partie de la rente foncière qu'ils touchent, une partie du profit. Ça va se faire comment ? C'est là que je crois que la seule conversion possible entre les biens donnés en guise de rente foncière, je veux dire les produits naturels de la rente foncière, dit en nature, écoutez moi bien parce que je crois que c'est important, et le profit d'entreprise, à savoir le sur-travail, le travail arraché aux hommes de la commune agricole cette fois ci sous forme de rente en travail, il y a que, les seules équivalences possibles entre produits et travail, ça impliquait précisément l'impôt, et que c'est l'impôt qui a fixé les équivalences, et que ce que le grand despote demandait à ses fonctionnaires bureaucrates, c'était eux qui recevaient la rente foncière, eux bureaucrates qui recevaient par délégation, venant des communes, la rente foncière en produits naturels et en services, c'est à dire en temps de travail, en sur-travail, et bien, ce qu'il leur demandait, c'était d'être aptes à opérer la conversion parce que lui, ce qu'il voulait, c'était au moins en recevoir une partie en monnaie, en argent. Et tout le système de l'impôt est absolument nécessaire à la circulation des biens et des activités, des biens et des services. Vous n'auriez aucune équivalence possible biens/services, équivalence, bien évidemment, (inaudible 49:03) économique, vous n'auriez aycune équivalence entre les biens et les services sans la mesure de l'impôt. D'où encore une fois le rôle de la banque qui est fondamental, qui, à côté de l'entrepreneur des grands travaux et à côté du propriétaire du sol qui bénéficie d'une rente, il vous faut la banque qui n'est pas du tout un simple intermédiaire, qui est créatrice de monnaie. Comment ? Ça, c'est un autre problème. Mais qui, dès les Empires archaïques, par exemple, on a des documents sur le rôle de la banque dans l'Empire babylonien, c'est essentiel, sont vraiment créatrices de la monnaie car c'est elle qui échangent contre la rente foncière en nature que reçoit le fonctionnaire, ils échangent de la monnaie, c'est à dire ils donnent au fonctionnaire de la monnaie contre le blé que ce fonctionnaire reçoit et le fonctionnaire à ce moment là, ristourne une partie de cette monnaie à l'Empereur. Il y a toute une circulation, donc, monnaie-biens-services qui va être à la base de l'économie des grands Empires archaïques. D'où ça vient ? Là, le problème se pose, ce rôle des banques, qui sont pas seulement des intermédiaires mais qui sont réellement créatrices de monnaie, et d'où est ce qu'elles tirent ? Alors que c'est surtout que dans les Empires archaïques, le plus souvent, c'est des Empires très, très loin des sources métallurgiques, d'où la nécessité d'un commerce extérieur, mais qui lui-même n'est permis que par le jeu de la, bon... Tout ça, c'est parfait.

Mais, je termine ce schéma très rapide, vous voyez, c'est pas très compliqué tout ça. Ce qu'il faut retenir, c'est cette bureaucratie archaïque, parce que ce qui défini ces grands Empires, et c'est par là que je dis, qu'en effet Marx n'avait strictement rien à voir avec la question, dans sa description, et bien, ce qui défini ces grands Empires, c'est que, à la lettre, rien n'y est privé et rien ne peut y être privé. Tout y est public. Et en effet, on l'a vu l'année dernière, l'appareil d’État comme appareil de capture, sous toutes ses formes, il est fondamentalement public. La notion de secret d’État est une notion très tardive, lié à ceci, lié avant tout au moment où les appareils d’État s'approprient les machines de guerre. C'est la machine de guerre qui est secrète, d'ailleurs même sans le vouloir, ils se trouvent en situation d'être secret. Sinon, dans l'appareil de capture défini comme grand Empire archaïque, tout est public. Le souverain mange en public, le despote mange en public, couche en public. C'est l'homme de guerre, bizarrement, qui a un voile, qui se cache pour manger, c'est curieux. Le secret, il naît avec la machine de guerre. Pas de machine de guerre, pas de secret. Et là encore, c'est pas que ce soit mieux, le despote, c'est… Mais, lui, s'il a un masque, le despote, c'est pour montrer. C'est le masque public, c'est pas le masque du secret. Et pourquoi ? Voyez qu'à tous les niveaux, tout est public dans l'Empire archaïque. Tout est public parce que d'une part, la possession du sol y est communale, donc, il n'y a pas à ce niveau de propriété privée. C'est la commune qui possède le sol et c'est la commune qui opère les distributions mouvantes au lignage. A l'autre bout, tout à fait en haut, l'unité formelle transcendante du despote qui est à la fois propriétaire éminent, entrepreneur des travaux, maître de la monnaie, il n'existe absolument que comme instance publique. La propriété, sa propriété éminente, c'est la propriété publique, son émission et sa création de monnaie, c'est la création de monnaie publique, les grands travaux qu'il entreprend, c'est les grands travaux publics. Tout y est public. Et les fonctionnaires entre les deux, les bureaucrates, les bureaucrates de la rente, les bureaucrates du profit, les bureaucrates de l'impôt ou de la banque, tout est publicité. Pourquoi ? Parce que c'est uniquement en tant que fonctionnaires de l'Empereur qu'ils jouissent de la délégation de propriété, de la délégation d'entreprise, de la délégation de monnaie et bien plus, on pourra trouver des régimes plus compliqués où c'est même héréditaire, ça empêche pas. Ce n'est pas en tant que personne privée qu'ils jouissent de ces puissances déléguées, c'est en tant que fonctionnaires de l'Empereur. Comme dit Tokeï dans un texte magnifique, vous pouvez concevoir que s'ils se révoltent contre l'Empereur, ils deviennent de petits despotes locaux, vous ne pouvez absolument pas concevoir qu'ils deviennent des propriétaires privés, pourquoi ? Pour une raison très simple, parce que ça fait partie des choses tellement évidentes auquel le marxisme nous a habitué quand on n'oublie pas, à savoir : comment voulez-vous qu'ils renversent eux-mêmes la base de leur propre existence ? Ces fonctionnaires bureaucrates reçoivent tout ce qu'ils ont précisément du tribut des communes, du tribut en nature ou du tribut en travail. S'ils devenaient propriétaires privés, ils renverseraient exactement toutes leurs sources de revenus, c'est à dire, c'est pas seulement inconcevable. Affirmer comme le font certains auteurs que ces représentants, que ces fonctionnaires, deviendront petit à petit propriétaires privés, c'est un non-sens. C'est pas en ajoutant petit à petit qu'on ajoute quelque chose, c'est un pur non-sens. Je veux dire, à la lettre, ça ne veut rien dire. C'est un système où tout, par nature, est public, de la possession communale à la propriété. Alors je dis, comme ça, premier caractère, vous voyez, c'est très curieux parce que, je disais surcodage, l'Empire archaïque surcode et voyez, je vous demande juste de retenir cette différence entre code et surcodage puisque j'en aurai besoin toute l'année. Je veux dire juste pourquoi j'en ai besoin.

Ce que j'appelle surcodage, c'est quelque chose qui s'ajoute et c'est pour ça que j'emploie le mot surcodage, c'est quelque chose qui s'ajoute au code. Encore une fois, les codes communaux, faits de lignages et de territoires continuent à s'exercer dans le cadre des communes. S'y ajoute cette unité qui jouit du profit, de la rente, de la monnaie d'impôt, du commerce extérieur. Si je cherche une équivalence, je dirais que l'unité de l'ensemble des communes comprises dans l'Empire archaïque est presque une unité par formalisation, ou si vous préférez par transcendance. C'est : à la base il y a les communes, puis ça monte jusqu'à l'Empereur, et c'est en tant que l'Empereur est à un niveau différent que les communes de base que se fait le surcodage et que l'Empereur est maître des grands travaux, propriétaire éminent du sol et créateur de la monnaie. C'est ce qu'on appellerait en logique une opération de formalisation. Vous voyez, je veux dire que l'unité formelle n'est pas au même niveau que le formalisé. Vous me suivez ? Elle doit être à un niveau supérieur. Là, je m'exprime en termes vraiment très, très rudimentaires, en termes de logique formelle pour ceux qui en ont fait, ça doit vous renvoyer à quelque chose concernant les fameuses théories formalistes, la théorie des types. Je dirais que l'unité formelle ne peut pas être du même type que l'ensemble des objets formalisés, à savoir les communes agricoles. C'est par là qu'il y a surcodage. Il y a une opération de transcendance, il y a une opération de formalisation. C'est pourquoi je tiens tout de suite à dire pourquoi j'insiste là, c'est, en logique, vous savez qu'à la formalisation s'est opposé, ou s'est distingué, du moins, quelque chose de très, très différent. Et ce quelque chose de différent, c'est justement ce qu'on a appelé axiomatique ou axiomatisation, et qu'il importe surtout de ne pas confondre l'axiomatisation et la formalisation. Et pourquoi l'axiomatisation, c'est quelque chose de tout à fait autre que la formalisation ? Je crois que la raison, elle est toute simple, c'est que, là je vais pas du tout développer parce que on l'a déjà vu la dernière fois. Je voudrais que, plus tard, un groupe parmi nous se mette à travailler vraiment sur l'axiomatique pour des raisons qui concernent ce qu'on a à faire cette année. Mais, pressentez juste la différence. J'ai l'air de parler de tout à fait autre chose que de mon histoire d’État là, mais on va voir si c'est tout à fait autre chose. Pas sûr. L'axiomatisation, en quoi c'est pas de la formalisation ? C'est complètement formel une axiomatique. Oui, c'est formel une axiomatique. Seulement, c'est une formalisation d'immanence, de pure immanence. C'est à dire, la formalisation se fait au même niveau que celui des ensembles formalisés. L'axiomatique est immanente à ses modèles. C'est par là que c'est pas une formalisation. Ou, si vous préférez, c'est une formalisation d'immanence, alors que la formalisation logique est une formalisation par transcendance. Pourquoi je raconte tout ça ? C'est que s'il nous arrive jamais de trouver dans le champ social, notamment dans le champ social moderne, des formations quelconques qui fonctionnent sur un certain mode, je dis pas comme, je dis sur un certain mode axiomatique, faudra se rappeler cette distinction, on pourra pas les assimiler aux vieux grands Empires archaïques, on pourra pas dire : c'est du surcodage. L'axiomatique n'opère pas par surcodage, elle opère par autre chose. Donc on se trouve déjà devant un très riche champ de concepts parce qu'on doit sentir que les codes et le surcodage impérial ne sont pour nous que les deux premiers concepts d'une série de concepts très, très variés. Enfin bon, je dis, ces Empires archaïques, supposons qu'ils se présentent partout, ils se définissaient comme le surcodage, ou ils opéraient par surcodage, ça nous avance toujours pas beaucoup, parce qu'enfin, ce surcodage, comment c'est possible ? Comment ça a pu marcher ? L'appareil de capture, juste, en même temps, je sais pas, moi j'ai l'impression qu'on avance et puis qu'on avance pas, les deux. On avance parce qu'on précise de plus en plus l'appareil de capture avec ses trois faces, son trièdre. On avance pas, parce qu'on avance pas dans la question : mais comment ça a pu marcher ? Comment ça a pu s'installer une chose comme ça ? En même temps, on avance un peu, parce que là, on a donné, on a commencé à donner un statut au surcodage.

Un auteur emploi un autre mot, mais ce mot il doit être très lié. C'est Lewis Mumford. C'est un auteur actuel qui est beaucoup enseigné, enfin je sais pas, et il parle, à propos des Empires archaïques, et surtout de l'Empire d’Égypte, il emploi le mot : mégamachine. Ce sont des mégamachines et il dit : ce sont les premières mégamachines. Méga, vous le savez, c'est l'adjectif grec qui veut dire grand. Les Empires archaïques, c'est de grandes machines. Bon, ça semble pas aller très loin, quoi. Et nous, qu'est-ce qu'on est ? Est-ce qu'on est d'autres grandes machines ? Alors bon, il y a des machines qui opéraient autrement ? Mais alors quoi, on serait, nous, des machines axiomatiques ? Pas des machines de formalisation despotiques ? On sait pas tout ça, on sait rien là dessus. Supposons que les grands Empires archaïques soient des mégamachines. Est ce que c'est simplement une manière de parler ? Je sais pas moi, une métaphore, quoi ? Non, pas du tout, parce que Mumford tient beaucoup, et il dit ça : qu'est-ce que c'est que la définition classique de la machine ? Qu'est-ce qu'on appelle une machine dans le sens le plus technique du mot ? La définition classique de la machine, ou une des définitions classiques de la machine, qui apparaît par exemple au XIXème siècle, chez un spécialiste, c'est : une machine, c'est une combinaison d'éléments solides ayant chacun, ou par groupe, une fonction spécialisée destinée à transmettre un mouvement et à exécuter un travail sous un contrôle humain. Là, Mumford il a raison de se sentir plein de gaîté, il dit : mais à la lettre, c'est pas du tout une métaphore, si vous prenez un grand Empire archaïque, c'est une mégamachine, simplement, c'est une mégamachine dont les éléments sont des hommes. Les hommes font partie de la machine. D'où l'idée, en effet, d'un asservissement, comme dit Marx, un asservissement généralisé. Esclavage généralisé, asservissement généralisé. Les hommes sont les pièces de la machine. Alors, parler de surcodage, ce serait dire qu'il y a une telle machine dont les hommes sont les pièces. Et, en effet, on le voit au niveau des grands travaux, au niveau de la rente foncière, au niveau de l'impôt. Alors, on pourrait même préciser, les grandes fonctions spécialisées, c'est nos trois dimensions : rente foncière, impôt, entreprise. Bon, tout va bien. Je dirais que les machines, à ce moment là, non, les Empires archaïques, sont précisément des appareils de capture, si vous voulez, ça me suffirait si j'arrivais à donner des synonymes, c'est à dire des appareils de surcodage ou des mégamachines, c'est à dire des machines d'asservissement.

Bon, pourquoi est-ce que, pourquoi tenir tellement au mot asservissement ? Tout d'un coup, je me dis : est-ce qu'il y a pas pour nous une occasion de recherche, parce que avec Guattari et avec d'autres, on essaye de mettre au point, nous cherchons dans ce sens là, une distinction entre deux concepts, avec toujours des hypothèses : est-ce que ça marche ? Est-ce qu'il y a lieu de les distinguer ou pas ? On pourra nous dire : non, il n'y a pas lieu. Asservissement et assujettissement, est-ce que c'est la même chose ? Être asservi ou être assujetti. Peut-être qu'il y a beaucoup de gens qui sont les deux à la fois. Mais, dire qu'on est les deux à la fois, ça empêche pas que c'est peut-être pas la même chose. Quelle différence il y a ? Je voudrais aller au plus simple, je voudrais prendre deux points de vue pour essayer de faire cette différence et on aurait fait un grand pas à nouveau dans l'analyse des anciens Empires. Je voudrais prendre un point de vue successivement très technique, mais de technique tout à fait rudimentaire et un point de vue économique, mais d'économie tout à fait rudimentaire aussi.

D'un point de vue technique, quand est-ce que je dirais qu'il y a asservissement ? Je dirais qu'il y a asservissement lorsque les hommes eux-mêmes sont partie constitutive de la machine, c'est à dire, la machine est alors définie comme un ensemble communiquant d'éléments humains et d'éléments non-humains. Je reste exprès abstrait pour le moment, je dis pas de quelle machine il s'agit. Imaginez une machine dont vous faites partie. Vous en êtes l'élément. Elle a des éléments humains et des éléments non-humains, vous êtes parmi les éléments humains. Elle peut grouper d'autres choses, elle groupe des éléments métalliques, elle groupe des éléments informatiques, elle groupe des éléments énergétiques, elle groupe des bêtes, des choses, mais de toute manière, vous faites partie de la machine. Si vous saisissez une machine dont vous êtes partie intégrante, vous direz que vous êtes asservis à la machine. Il n'y a pas de nuance péjorative. Quand est-ce que vous direz que vous êtes assujettis ? Vous êtes asservis par la machine, bon d'accord. Et une chose qu'on sait tout de suite, on n'est jamais assujetti par la machine. Là, il est toujours bon de, la grammaire, la grammaire élémentaire nous guide : on est assujetti à la machine. C'est pas la machine qui nous assujetti quand elle nous assujetti. Or, quand est-ce qu'il y a assujettissement à la machine ? Je réclame une réponse aussi simple que ma réponse extrêmement sommaire : nous sommes asservis par la machine lorsque nous sommes des éléments humains faisant partie constituante de la machine elle-même. Nous sommes assujettis à la machine dans la mesure où nous nous en servons. Il y a deux manière de s'en servir : s'en servir pour produire, c'est ce qu'on appelle le producteur, ou le producteur immédiat, le travailleur, ou bien c'est l'usager. En tant que je prend le métro, je suis, d'une certaine manière, assujetti au métro, les usagers sont parfaitement assujettis aux machines dont il se servent. Mais, ceux qui fabriquent le métro, ils sont eux aussi assujettis à des machines de fabrication, de production. Je veux dire que les machines de consommation, comme les machines de production sont, semble-t-il, dans les figures modernes, des machines avant tout d'assujettissement. Et là encore, retenez, je dis pas que l'un vaille mieux que l'autre. Je dis donc qu'il y a assujettissement lorsque l'élément humain ne fait plus partie constituante de la machine en tant que telle mais est mis dans un rapport avec elle, rapport qui lui est imposé comme rapport d'usage, de consommation ou de production. Je suis assujetti à la télé dans la mesure où je l'écoute, d'accord. Bon, je rêve là, je voudrais qu'on rêve tous un tout petit peu, est-ce qu'il n'y a pas une autre manière, dont cette fois on peut pas dire qu'on est assujetti mais qu'on est asservi ? J'ôte tout sens péjoratif à tout ça, parce que ça a l'air de dire du mal, mais non, encore une fois, il n'y a rien de mal dans tout ça. Un musicien actuel, on peut dire que, tiens, ça va peut-être nous faire avancer, un musicien de concert classique, d'une certaine manière, il est assujetti à son instrument, il y a même quelqu'un qui l'assujetti à son instrument et c'est le chef d'orchestre. L'auditeur est assujetti aux conditions du concert, c'est dire à quel point je dis pas de mal, au contraire, je prend un exemple d'assujettissement sublime. Dans la musique électronique, je pense que vous voyez tout de suite ce que... Est-ce que c'est encore un régime d'assujettissement ou est-ce que c'est autre chose ? Est-ce que, cette fois-ci, il n'y a pas quelque chose d'autre ? A savoir constitution d'une machine dont les éléments humains et les éléments non-humains font également partie intégrante, c'est à dire constituent un ensemble de communication et d'information réciproque. A ce moment là, il faudra parler d'asservissement, d'asservissement machinique et non plus d'assujettissement social. On suppose. Continuons dans la même voie. Ça me rappelle une nouvelle de Bradbury, alors c'est la science-fiction. La science-fiction, d'une certaine manière, qu'est-ce qu'elle nous suggère tout le temps ? Un saut qualitatif. Un saut qualitatif qui se fait dans notre dos, et encore une fois, c'est pas que ce soit pire : il faut plus penser simplement en terme d'assujettissement, il y a quelque chose d'autre. Je prend un des plus grands de la vieille école de la science-fiction : Bradbury. Quand il raconte son histoire de la télé, la télé n'est plus au centre de la maison. Imaginez. La télé au centre de la maison. Chouette, c'est les nouvelles, c'est huit heure ! Toute la famille y va. Ils se diraient : nous sommes assujettis à la télé. Comme ça, pour employer un mot, on peut se repérer. Bradbury imagine un autre système. La télé n'est plus au centre de la maison, elle constitue les murs de la maison. Et on s'achète un mur-télé. Alors, il y a la dame qui dit à son mari : faut faire des économies parce qu'on a que trois murs encore, il n'y a que trois murs-télé. C'est important le changement, parce qu'en même temps, la programmation est faite de telle manière que le programme varie avec la personne qui l'écoute. Tiens, ça veut dire quoi ? C'est pas difficile, dans l'ordinateur central, il y a place pour des petits ordinateurs locaux, avec des blancs. Il y a des mémoires locales en plus de la mémoire centrale, et puis les personnes mettent, de telle manière que le type là, l'animateur s'adresse dans chaque maison en donnant le nom propre de la personne qui habite la maison. La télé est devenue mur et en même temps, l'auditeur, l'usager de la télé est devenu partie constituante du programme même. Il y a eu des analyses célèbres sur certaines émissions célèbres d'appel à la délation en Allemagne, aussi dans certaines radios françaises, ça avait commencé, ces appels à la délation : vous faites l'émission, c'est vous qui allez faire l'émission. C'est pas simplement une histoire de concours ou d'amusement, c'est le franchissement, c'est le passage d'un régime à un autre, il me semble. C'est le passage d'un régime d'assujettissement social à un régime d'asservissement machinique. Encore une fois, je sais pas quel est le meilleur. Je sais pas même quel est le plus rentable. Je dis juste que nous, aujourd'hui, on a le privilège d'avoir les deux. Ils ne s'excluent pas. Mais, vous remarquerez que c'est très difficile de distinguer le statut de l'asservi. Autant pour l'assujetti, je peux dire : c'est le producteur immédiat et c'est aussi bien l'usager. L'asservi, c'est beaucoup plus compliqué. Il va être dans un de ces système où, au besoin, ce sera beaucoup plus difficile à distinguer, ce sera des opérations de feed-back, de récurrence, ou il n'y aura pas un type qui ne sera asservi sans servir aussi à l'asservissement de quelqu'un d'autre. C'est complexe, ça. Peut-être pas plus complexe parce que l'assujettissement, c'est trop simplifié, ça donne une formule beaucoup plus complexe, on va voir pourquoi. Donc je suggère juste ceci : que là, on tiendrait une distinction conceptuelle.

Et, en effet, qu'est-ce que fait aujourd'hui, vous savez qu'il y a aujourd'hui une discipline particulière, une discipline dangereuse, on l'appelle l'ergonomie. C'est la discipline qui s'occupe des normes du travail. Et l'ergonomie, c'est une discipline qui marche très fort puisque c'est eux qui montent les usines. Or, l'ergonomie, qu'est-ce qu'elle nous dit ? Si je prend vraiment, pour ceux qui ne savent pas, des choses vraiment de base, enfantines, sur l'ergonomie, ils distinguent deux choses. Ils distinguent les systèmes homme-machine, homme au singulier, machine au singulier, ou ils appellent ça aussi bien : poste d'emploi. Et ils distinguent les systèmes hommes-machines, hommes au pluriel, machines au pluriel. Alors là, ils deviennent, alors, c'est pas des théoriciens très forts, mais c'est des très forts praticiens, ils se demandent volontiers : voyons, est-ce que le système hommes-machines au pluriel, est-ce que c'est une simple généralisation du système homme-machine au singulier ? Voyez où ils veulent en venir. Est-ce qu'il n'y a qu'une différence de degré entre les systèmes homme-machine au singulier et les systèmes hommes-machines au pluriel ? Et ben non. Souvent, ils disent oui, parce qu'ils sont très sournois. Ils disent : ben oui, il n'y a qu'à généraliser la méthode de l'analyse des postes d'emploi et vous obtenez les grands systèmes hommes-machines au pluriel. Ne les écoutez surtout pas. Surtout pas. Vous voyez bien qu'ils mentent d'avance. Le problème est pas du tout le même. Il y a une différence de nature, et c'est justement parce qu'il y a une différence de nature que, alors, notre distinction technologique de l'assujettissement et de l'asservissement doit être considérée comme valable. Quelle est la différence de nature ? C'est pas du tout le même problème technologique. Quand vous avez un système homme-machine au singulier, quel est le problème ? Le problème, il est tout simple, c'est : il faut que l'un ou l'autre s'adapte. Et le problème pratique c'est tantôt comment adapter l'homme à la machine et, dans d'autres moments, comment adapter la machine à l'homme. C'est des problèmes d'adaptation. Dans un sens ou dans l'autre, ou dans les deux sens. Et, en effet, les normes d'adaptation vont prendre en compte, suivant le cas, des règles d'usage et des règles de production, des règles de travail. Et souvent les deux, il n'y a pas de travail sans usage, il n'y a pas d'usage sans travail. Lorsque vous avez un système hommes-machines au pluriel, est-ce que le problème est encore d'adaptation ? On a bien l'impression que dans la technologie moderne c'est dépassé les problèmes d'adaptation. Et c'est pas du tout qu'ils soient devenus plus cruels, au contraire, c'est qu'ils ont beaucoup moins besoin, là on va tomber sur le problème économique, pourquoi ont-ils aucun besoin de travailleurs adaptés ? Pourquoi ils s'en foutent finalement de l'adaptation ? Enfin, j'exagère, c'est un souci, mais bon, pas beaucoup, quoi. Quel est l'autre problème ? C'est devenu plus du tout un problème d'adaptation d'un élément à un autre ou d'adaptation réciproque des deux éléments, c'est devenu un problème de communication, et donc de choix. A savoir, dans un système hommes-machines au pluriel, le problème n'est plus l'adaptation de l'élément mécanique à l'élément humain, de l'élément machinique à l'élément humain, le problème est tout autre : choisir et bien choisir et pas se tromper, c'est à dire : où faut-il mettre un élément humain ? Où faut-il mettre un élément machinique ? Pourquoi ? Pour qu'il y ait, comme ils disent, fiabilité. Il y a toute sorte de nouveaux concepts comme ça, qui leurs servent beaucoup dans leurs analyses. La fiabilité, c'est inversement proportionnel de la défaillance, pour qu'il y ait le moins de défaillance possible. Or, il y a des cas, c'est même curieux, il y a énormément de cas où un élément, même d'ordinateur, est moins fiable qu'un élément humain. Il y a de nombreux cas, heureusement, où l'élément humain est beaucoup moins fiable, est beaucoup moins rentable. Voyez que le problème de l'asservissement, c'est le problème du choix. Où seras-tu ? Alors, si vous arrivez, c'est pas du tout adapté, sentez qu'il y a une différence même si vous me dites : les deux problèmes se mélangent. Ce qui m'intéresse, c'est que, même intuitivement, même dans la tonalité affective, c'est pas du tout la même manière de poser les problèmes. On prendra très bien un handicapé, par exemple, un handicapé, un bègue, un sourd. On ne se demandera plus du tout comment l'adapter à la machine, comment adapter la machine à lui mais, dans le système hommes-machines au pluriel, on se demandera où le mettre pour que, précisément, il faille un sourd pour que la communication passe. Ça, c'est le régime de l'asservissement machinique. C'est plus du tout le régime de l'assujettissement social. Or, encore une fois, c'est très curieux. Parce que considérez deux choses. Je continue dans mon premier point de vue technologique, pendant qu'on y est, on tient quelque chose de technique, enfin. C'est peut être faux tout ça, mais enfin, c'est à vous de voir ça. Je crois que ça doit être vrai. Ça marche. La distinction des concepts est toujours reine et donc, nous entraîne et entraîne la vérité, quoi. Alors, si je prend l'histoire de la machine de guerre, je dis, revenons à nos grands Empires archaïques. Revenez-y. On les a pas du tout oubliés, ça va nous servir énormément. Ce sont les grands Empires despotiques archaïques qui inventent l'asservissement machinique. Et pourtant, des machines techniques, ils en ont pas beaucoup. Comme machine technique, au mieux, ils disposent de quoi ? Ils disposent de ce qu'on appelle... C'est le premier âge de la machine. Des machines, il y en a toujours eu, faut pas exagérer, on verra pourquoi il y en a toujours eu, c'est évident qu'il y en a toujours eu. C'est pas évident, mais ça fait rien. C'est, premier âge de la machine, c'est les machines dites simples (coupure) l'asservissement machinique y atteint d'emblée un point fantastique. Et c'est normal. Les éléments mécaniques étant extrêmement simples, les hommes là, sont directement des éléments humains pris pas la machine, d'où je crois à la justesse du mot de Mumford lorsqu'il dit : les anciens Empires archaïques sont des mégamachines dont les hommes sont des parties constituantes. Et c'est pas une métaphore, c'est des machines au sens propre. Bon, si vous m'accordez ça, que c'est justement lorsque les machines techniques sont très simples que s'affirme un régime fantastique de l'asservissement machinique de l'homme, il y a encore aucun assujettissement, ça veut pas dire que c'est la belle vie, au contraire. Je me dis, quand est-ce que ça a pu venir l'assujettissement ? Il y a qu'à le suivre le... Bon, on retrouveras ça, j'essaye de lancer un thème, bon, même pas pour la prochaine fois, quoi, bon, j'en profite, je lance juste un thème, quoi. L'assujettissement, c'est évident que ça peut venir qu'avec le dégagement des personnes privées. On est assujetti à la machine, on est asservi par la machine, d'accord. Justement parce que la mégamachine, elle est pas technique, c'est la grande machine despotique. Mais on est assujetti, pas par la machine, on est assujetti à la machine. Il a fallu que se dégage quelque chose, une instance privée. On a vu que dans les anciens Empires despotiques, le propriétaire, qu'il soit communal, fonctionnaire, ou le despote lui-même n'était pas un propriétaire privé. Il peut y avoir que de l'asservissement machinique. L'assujettissement ne pourra naître que bien plus tard. L'assujettissement ce sera la formule, il y a le génie partout dans toutes ces histoires d'appareils de capture, ce sera peut être la nouvelle forme de capture inventée par les États relativement, faudra voir quel sens donner à ce mot, relativement modernes. L'assujettissement, c'est une technique très, très moderne, enfin, relativement moderne. Et elle culmine avec quoi ? Avec le deuxième âge de la machine, en gros, du type machines à vapeur, la machine du début du capitalisme. Et, l'assujettissement social n'est certes pas l'invention du capitalisme, mais le capitalisme le portera à la perfection. Et le capitalisme le portera d'autant plus à la perfection qu'il disposera du régime économique correspondant. Je dirais déjà que l'esclavage antique privé, le servage féodal, je dirais pour, comme ça, classer au niveau du vocabulaire, je dirais que c'était déjà des formes d'assujettissement, c'était plus de l'asservissement. Mais le sommet de l'assujettissement, il apparaît avec le régime du salariat. Là, vraiment, l'homme est assujettis à la machine par le capitaliste, c'est à dire par le propriétaire privé de quoi ? Ça, on verra plus tard. Bon. Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Il s'est passé que, vous savez, ce qu'on appelle le troisième âge de la machine, c'est l'ensemble des machines dites cybernétiques et informatiques. Or, c'est pas faux, moi je crois, ce que tout le monde dit, c'est vrai ça, c'est un saut qualitatif de la machine, mais en quel sens ? Et bah justement, c'est que ces machines ne sont plus des machines d'usage ni de production, de consommation-production, ce sont des machines de communication et d'information. Et qu'est-ce que ça veut dire ça ? Ça veut dire précisément que le problème est, uniquement dans un tel système, et c'est pas par hasard que les systèmes hommes-machines au pluriel désignent ce troisième âge de la machine, les machines cybernétiques et les machines informatiques, je ne dis pas que c'est un retour, là ce serait une catastrophe, c'est l'invention d'une nouvelle forme d'asservissement machinique. En effet, le problème, il devient non plus le problème de l'usage, non plus celui de la consommation, il devient le problème du choix et de la distribution. Où est-ce que je vais te mettre, toi, pour que ça passe, pour que l'information passe ? C'est un tout autre problème. Alors je dis, à tous les niveaux, il faudrait presque vivre comme doubles actuellement, comme soumis à ce double système, nous sommes à la fois, presque si on pouvait dire un peu de n'importe quoi, je dirais un peu de subjectivité nous éloigne de l'asservissement machinique, le remplace par l'assujettissement, et beaucoup nous y ramène, nous ramène à une nouvelle forme de l'asservissement machinique qui est celui de notre âge. Je saute très vite, vous en pouvez plus, quelle heure est-il ? (réponses) Midi et quart. (Deleuze) Midi et quart ? La fin approche. (réponse) midi vingt ! (Deleuze) C'est pas humain. Vous voyez, je sais très bien si... Je termine très vite. C'est pour votre bien.

Je passe à l'aspect économique. Et là, je demande encore une fois pardon de le dire devant beaucoup d'entre vous qui savent ces choses là mieux que moi, mais j'en ai besoin pour mon schéma, j'en ai besoin à un niveau toujours très élémentaire. Il y a dans Marx une histoire célèbre qui commence Le Capital et qui concerne ce que Marx appelle la composition du capital et plus précisément la composition organique du capital. Et ce qu'il appelle la composition organique du capital, c'est le fait que le capital ait deux parties composantes. En gros, c'est très... Il faut savoir ça par cœur. Alors... j'ai oublié... Alors, la première partie, c'est le capital constant. Euh, pardon, ceux qui savent, il faut pas rire, je le dis et je suis sûr qu'il y en a qui se rappellent plus ou bien tout le monde l'a pas forcément présent à l'esprit, donc je crois que je suis forcé de le dire. Capital constant, c'est exactement la partie du capital qui est transformée en matière première et moyens de production, voilà, vous voyez ? L'autre partie du capital, c'est le capital variable. C'est la partie du capital transformée, dans la définition, là je prend une phrase même de Marx, transformée en force de travail, c'est à dire la somme des salaires. Le capital variable est la partie du capital transformée en force de travail, c'est à dire la somme des salaires. Vous voyez ? Bon. Qu'est ce qui se passe ? Si vous comprenez ça, Marx explique une chose très, très belle. Très belle, enfin, très importante. Vous comprenez, si on abandonne le marxisme, on abandonne les derniers espoirs qu'on a. Alors, c'est tout simple, il vaut mieux revenir aux définitions du capital variable et du capital constant avant de décoller sur ce que c'est que l’État. Bien, j'ai dis donc qu'il dégage une variabilité dans la proportion. A savoir, proportionnellement, non pas absolument, les masses de capital constant, de capital variable peuvent être très haut, mais proportionnellement, il y a une proportion entre les deux parties du capital. Et tantôt, le capital variable tend à croître par rapport au capital constant. Ça, c'est un premier cas : le capital variable tend à croître par rapport au capital constant. Deuxième cas : le capital constant croît par rapport au capital variable. Et c'est quoi ces deux cas ? Suivez-moi bien. Le premier cas, il fait pas tellement de problème. Mettons que c'est vraiment ce qu'on peut appeler, avec beaucoup de précaution, la formule du début du capitalisme, du premier âge du capitalisme. Tout va bien pourquoi ? Parce que, comme Marx l'explique très bien, la plus-value, qui ne se confond pas avec le profit, mais dont le profit dépend d'une certaine manière, la plus-value vient du capital variable. Donc, il semblerait très normal que le régime du capitalisme qui marche sur cette chose étrange, la plus-value, et qui en tire le profit d'entreprise, il semblerait très normal qu'elle marche avec une tendance à croître du capital variable. Il y aurait d'autant plus de plus-value. D'accord, bon, ça semble tout simple. Remarquez, je dis, mais quand les capitalistes les plus cruels, les plus durs, les plus méchants ont dit : nous sommes des humanistes, mais je crois qu'ils avaient raison à la lettre. Ça voulait dire une chose très simple et c'est trop évident : nous n'avons jamais confondu capital constant et capital variable. Jamais un capitaliste n'a confondu, ne serait-ce dans ses comptes, ne serait-ce dans sa comptabilité, le capital constant qui renvoie aux matières premières et aux machines et le capital variable qui renvoie aux salaires et à la force de travail. Ils ont toujours fait une grande différence. Et je dis, c'est ça le régime d'assujettissement. Pourquoi le capitalisme a-t-il poussé jusqu'au bout l'assujettissement social ? Il a poussé jusqu'au bout l'assujettissement social en vertu de ceci que plus le capital variable croissait, plus il y avait possibilité de plus-value et indirectement de profit. Et, il n'a jamais confondu les machines et les hommes. Or, qu'est ce que nous dit Marx ? Deuxième point, rapidement. Marx nous dit dans des pages célèbres : et bah voilà, c'est bizarre, c'est pas tellement bizarre, ça se comprend même tout seul, plus le capitalisme avance, plus le capital constant prend de l'importance par rapport au capital variable. Je précise, pour ceux qui sont savants, que se greffe là dessus une autre distinction liée au capital constant, à savoir la distinction du capital fixe et du capital circulant, mais je ne les fait pas intervenir parce que ça compliquerait inutilement le schéma. En effet, plus ça va, plus l'investissement de capital est lourd dans le domaine et des matières premières et des machines. Pourquoi ? Il y avait des phénomènes intéressants, par exemple toutes les histoires avec une industrialisation qui ne va pas, qui ne se contente pas simplement de devenir de plus en plus à l'échelle de la grande usine mais qui passe au stade dit de l'automation. Et c'est ce stade de l'automation que Marx analyse splendidement dans des pages célèbres. Donc relativement, il s'agit d'une relation puisque bien sûr la plus-value peut augmenter, la masse de plus-value peut augmenter, c'est pas la question, c'est le rapport proportionnel entre les deux. La tendance du capitalisme, c'est une tendance au développement, Marx ne cesse de le rappeler, et bien cette tendance au développement tend à accroître la proportion du capital constant par rapport au capital variable. Ce qui veut dire quoi ? Ce qui veut dire : ce qui change tout parce qu'alors, à ce moment là, comme dit Marx, le travailleur, avec l'automation, n'est plus que adjacent au procès du travail. A ce moment là, c'est très curieux que en effet, le travail va prendre de toutes nouvelles formes. Ce sont ces formes que plus encore que les marxistes communistes orthodoxes analysent, ce sont ces formes que les marxistes autonomes, notamment en Italie, commencent ou poussent de plus en plus l'analyse sous la forme de phénomènes très complémentaires : le rôle du travailleur dans l'automation, le rôle, et c'est pas du tout quelque chose de différent, la montée du travail de sous-traitance puisque dans une industrie d'automation, l'ancien travail d'usine tend de plus en plus à être rejeté en sous-traitance, donc développement d'un phénomène de sous-traitance qui est très moderne, très important, développement d'un travail noir, et c'est pas par hasard que les premières analyses de tous ces phénomènes se sont fait en Italie, puisque les italiens se trouvaient dans une autonomie où le travail noir avait pris dès le début une importance déterminante, c'est pas pour la survie des gens, c'est pour le fonctionnement de l'économie elle-même, le travail immigré etc. Donc des formes de travail très, très nouvelles posant des problèmes et des éventualités révolutionnaires tout à fait nouvelles et qui sont parfaitement en liaison, qui sont directement en liaison avec ce phénomène du capitalisme : la tendance à ce que le capital constant l'emporte proportionnellement sur le capital variable. Or, là, je retrouve exactement la même conclusion, à savoir, je dirais que la formule de l'assujettissement social, c'est quoi ? C'est précisément : il y a d'autant plus d'assujettissement social que le capital variable a d'importance par rapport au capital constant. C'est une loi, c'est à dire on ajoute au marxisme une loi purement marxiste, il me semble. Il y a d'autant plus d'asservissement machinique que le capital constant prend et tend à prendre une importance relative croissante par rapport au capital variable. A ce moment là, oui, l'homme devient pièce de la machine au lieu d'être assujetti à la machine, il devient pièce de la machine, c'est à dire il est asservi par la machine. Mais encore une fois, c'est aussi bien désolant que consolant. Quelles nouvelles chances révolutionnaires ? Tous ceux qui réclament, tous ceux qui se réclament ou tous ceux qui dénoncent une certaine insuffisance des luttes syndicales actuelles, tous ceux qui dénoncent une certaine position des partis communistes officiels se fondent avant tout, du point de vue de l'analyse économique sur ces phénomènes du capitalisme. Alors, je veux dire, comprenez juste dans ces deux choses très élémentaires, le développement technologique que je viens de faire et le développement économique que je viens de faire, c'est juste pour dire : eh bah oui, on sera amené à distinguer l'assujettissement social et l'asservissement machinique. D'autre part, l'asservissement machinique, on l'a déjà. On est les deux à la fois, on est assujetti, on est asservi. Mais encore une fois, il y a autant de raison d'y trouver beaucoup d'espoir, de voir de nouvelles possibilités de luttes, de trucs, de je sais pas quoi, que de raisons de se désoler, c'est pas du tout désolant tout ça, c'est comme ça, mais ça créé en même temps, ça créé autre chose, ça créé même des choses très, très curieuses.

Et tout ce développement, je ne l'ai introduit qu'en fonction de notre premier modèle, ce modèle qui ignorait encore, parce qu'il ne pouvait pas le concevoir, il l'ignorait, il n'avait aucun moyen de le concevoir, les hommes du despotisme archaïque, les hommes de l'Empire archaïque ne pouvaient pas être assujettis puisque, encore une fois, l'assujettissement social implique l'érection d'une sphère privée et que cette érection d'une sphère privée, on verra, on cherchera à la déterminer mieux, mais elle ne peut se faire, même dans les Empires, elle ne se fait que dans les Empires évolués. Il a fallu qu'il se passe beaucoup de choses. On a vu que dans un Empire archaïque, il n'y a rien qui permette une érection du privé, ni au niveau du despote, ni au niveau de la commune, ni même au niveau du fonctionnaire. En revanche, c'est le triomphe d'un asservissement machinique, et quand je dis que nous retrouvons aujourd'hui un asservissement machinique, c'est pas une manière d'être hégélien et de dire : à la fin vous retrouvez le début. Il va de soi que c'est un tout nouvel asservissement machinique, d'un type très différent. Reste que pour en finir... Vous pouvez encore ? Ou bien moi j'arrête si vous en pouvez plus, c'est pas la peine que je continue, parce que... Il faut que je vois sur vos visages si... Je vais prendre mon pouls et voir si vous pouvez encore. Alors, je résume parce que je reprendrai ça et puis surtout qu'il y en a parmi vous qui savent aussi là-dessus des choses alors, ceux qui savent des choses, qu'ils revoient tout ça la prochaine fois. Il n'y a que... Supposons que j'ai donné un résumé de la description marxiste de ces formations impériales. On a un peu avancé dans la description, on a même un peu avancé à : comment ça fonctionnait cet appareil de capture à trois têtes. On sait toujours pas comment ça a pu se monter. Ah mais je prétendais pas encore... Il vaut mieux aller très, très doucement. Mais, il y a une chose qui reste frappante dans la description de Marx, c'est que encore une fois, ces formations archaïques despotiques supposent... On travaille trop, hein... Ça suppose quelque chose. Ça suppose, si vous m'avez suivi, un certain développement de l'agriculture en tant qu'elle est capable de fournir suivant l'expression de... suivant l'expression parfaite d'un auteur, ça laisse un peu rêveur, un surplus potentiel. Surplus potentiel qui sera actualisé par les grands travaux, travaux d’irrigation, ça se mord un peu la queue, (je ne comprend pas de 1 :48:10 à 1:48:12, ça doit être le nom d'un marxiste hongrois), un marxiste. Hongrois, il n'y a que les hongrois qui soient des bons marxistes. Bon, ça suppose un certain artisanat, ça suppose donc un certain degré de développement des communes, vous comprenez ? Or, c'est pour ça, et je ne l'ai pas dit jusqu'à maintenant, mais ce serait malhonnête de ne pas le dire, ça suppose donc : développement de l'agriculture, une certaine métallurgie artisanale, un certain état des machines simples, c'est pour ça que Marx et les marxistes ne cessent pas de dire : la formation asiatique despotique, l'Empire archaïque, est une expression vide de sens si vous ne la mettez pas en relation avec un mode de production. Et c'est pour ça qu'ils sont particulièrement furieux lorsque Wittfogel... Il est vrai que Wittfogel est un personnage un peu ambigu qu'on essaye de rencontrer parce qu'ils avaient de quoi, les communistes, en vouloir à Wittfogel qui avait, semble-t-il, fait des choses pas bien du tout, lorsque réfugié en Amérique il avait participé aux campagnes du sénateur Mac Carthy, il semble avoir été mêlé à de sales histoires. Alors il y avait un règlement de comptes terrible entre Wittgofel qui disait : le despote oriental, c'est Staline et les communistes qui rappelaient que Wittfogel avait trempé dans les histoires de Mac Carthy, ça ne rendait pas le débat simple. Mais, bon, ils en voulaient aussi à Wittfogel parce que Wittfogel, il tenait plus vraiment compte du thème mode de production. En effet, dans son souci de faire un rapprochement Staline – empereur de Chine, vous pensez, il érigeait ces Empires archaïques comme vraiment là, tous seuls, tenants tous seuls. Et voilà, catastrophe, enfin en apparence, nous sommes exactement dans le même cas, méchancetés et choses louches en moins, nous sommes exactement dans le même cas, car tout ce qu'on a dit, et si je rappelle là pour mémoire que Marx, lui, il tient fondamentalement à lier les Empires archaïques à un mode de production, c'est à dire à un certain développement de l'agriculture, un certain, déjà, développement de l'artisanat et de la métallurgie. Donc par là les formations despotiques n'existent que sous un mode de production que Marx, que les marxistes appellent le mode de production asiatique, mais qui est pas spécialement asiatique, c'est parce que on le repère avant tout et d'abord en Asie. Nous, je sais pas pourquoi, on aurait plutôt envie de faire comme Wittfogel et de dire : mais non, ça se passe pas comme ça. Pourquoi ? Et heureusement, l'archéologie nous donne raison, c'est à dire, nous n'avons pas besoin d'être aussi louches que Wittfogel puisque nous disposons de l'appui archéologique. Car s'il y a eu une révolution, enfin, quelque chose de très nouveau en archéologie assez récente, c'est la découverte suivante qui n'a l'air de rien, je la résume : il y aurait eu des Empires archaïques, non plus seulement néolithiques, mais presque paléolithiques. Bien plus, comme ce qu'on a trouvé de ces Empires peut être considéré, les archéologues ont souvent l'habitude de faire ces hypothèses, comme le dernier chaînon d'Empires disparus (inaudible 1:52:12) préalable, on pourrait aller jusqu'à parler franchement d'Empires paléolithiques. Vous me direz, il n'y a pas de quoi en faire une histoire que ce soit néolithique ou paléolithique. Eh ben si. Si il y a de quoi en faire une histoire parce que ça change tout. Ça change tout. Pourquoi ça change tout ? Ça change tout parce que au paléolithique, il n'est pas question d'une agriculture développée. Il ne peut pas être question d'une agriculture développée. Bien plus, pas de métallurgie. Alors, quoi ? On trouve, vers, en Anatolie, on trouve vers, daté vers 7000 avant Jésus Christ, ce qui représente un grand, grand recul dans le temps, la marque d'un grand Empire. Pas rien, d'après les données archéologiques, son rayon, sa sphère d'influence aurait été de 3000 kilomètres, c'est énorme pour un petit Empire. Bon, comment l'expliquer ? Comprenez, pourquoi je dis : ça change tout ? Si se confirment les découvertes archéologiques, je précise, je dois donner une courte bibliographie, ce sont les découvertes, en Anatolie, d'un archéologue qui s'appelle James Mellaart et d'une femme très extraordinaire qui s'appelle Jane Jacobs qui a écrit un livre qui s'appelle La nouvelle obsidienne (1:53:54 ? je n'ai trouvé aucune trace de ce livre sur internet ?), c'est à dire qui, à partir des découvertes de Mellaart, a tiré une espèce de modèle impérial, de modèle de ces Empires paléolithiques. Donc, Mellaart aussi, des tas de choses lui sont arrivées, il a été interdit de fouilles, il y a eu des histoires, pas du tout à cause de ses découvertes, mais pour de purs malentendus, vous savez qu'il arrive aux archéologues d'être pris dans des malentendus où on va jusqu'à leur reprocher de pas avoir laisser aux États tout ce qu'ils auraient dû laisser, enfin etc. Enfin, le cas Mellaart est très, très compliqué, mais en revanche la nature et l'importance de ses découvertes n'est pas mise en question. Or, je dis pourquoi c'est autre chose qu'une affaire de simple recul, vous dire : oh ben c'est pas 3000, c'est 7000 av. J. C. ? Je dis que ça change tout, pourquoi ? Parce que, c'est évidemment des formations impériales qui sont directement en prise, non pas sur une base ayant déjà développée l'agriculture, mais qui sont directement en prise sur des groupes, des communautés de cueilleurs-chasseurs. Je dis, l'importance archéologique d'une pareille découverte, si elle est confirmée bien entendu, encore une fois, je ne crois pas que les archéologues mettent en cause l'importance du travail de Mellaart, si l'on pense à ça, qu'est ce qu'il y a de vraiment très important ? Je prend un très grand archéologue qui est mort vers je sais plus quand, est-ce qu'il est mort même ? Peut-être pas, j'espère que non, enfin dont les livres sont avant la guerre, vers 1930-40, Childe donc, Gordon Childe. Ce qui est très intéressant, c'est que Gordon Childe confirme archéologiquement, il est vraiment pas marxiste, il est, c'est un pur archéologue, il confirme archéologiquement le détail même de la théorie marxiste des formations impériales. Il dit : bah oui, c'est évident. Il cite jamais Marx, mais si vous prenez les pages de Childe et les pages de Marx ou de certains marxistes, vous ne verrez aucune différence. Le schéma est le même, à savoir, communautés agricoles relativement développées, formation impériale archaïque qui stocke le surplus, fait les grands travaux et le schéma de Childe, qui est encore une fois un schéma purement archéologique, confirme ce qu'il appelle lui même la révolution urbaine et étatique du néolithique. Je dis que le pas que fait franchir une découverte comme celle de Mellaart, avec encore une fois la nécessité, vous comprenez la difficulté c'est qu'on... c'est des Empires en torchis, je veux dire, qu'ils aient disparu, ça se comprend, c'est des Empires de bois, c'est des Empires de... bah oui, tout ça, ça périt, c'est pas de la pierre. Alors, qu'est ce qui se passe ? Je dis qu'il est important ici, je dis que ce type de découverte archéologique telle que, et c'est pas par hasard que Jane Jacobs en tire un schéma qui à mon avis renouvelle, renouvelle beaucoup, beaucoup de choses, c'est très important, car, encore une fois, supposons, je réclame pas du tout de vous convaincre, c'est juste pour qu'on fasse des hypothèses comme ça, nous supposons donc que nous sommes dans un milieu qui n'implique plus du tout déjà des communautés agricoles. Elle implique quoi ? Elle implique des cueilleurs-chasseurs, un point c'est tout. Qu'est ce qui peut se passer ? Il peut plus y avoir l'unité formelle despotique, le surcodage, le code est un code lignage/territoire de cueilleurs-chasseurs itinérants qui épuise un territoire puis passe sur un autre territoire... Tout ça, là, très bien. Mais alors qu'est-ce qui se passe ? Comment l'unité formelle despotique, elle s'installe ? Supposons que dans, je continue l'hypothèse, supposons qu'il y ait des échanges. Vous me direz, ça, je demande que vous reteniez ça, parce que vous serez en droit de me dire : bon bah qu'est ce que t'es pas en train de te donner : des échanges entre ces groupes de cueilleurs-chasseurs... A charge pour moi d'essayer de justifier, ce sera mon objet la prochaine fois, ou sinon pas la prochaine fois, la suivante. Ce sera un problème essentiel. Comment concevoir un régime d'échange entre groupes que l'on prétend en général des groupes autarciques sans communication ? Là, c'est même pas des communes agricoles qui sont... c'est des itinérants cueilleurs-chasseurs. Supposons qu'il y ait des échanges. Tout se fait dans un sac, c'est ça que je trouve formidable. Dans l'hypothèse de Jane Jacobs, tout se fait dans un sac. Vous foutez les choses dans un sac, il en sort un Empire. Comment ça ? Dans ce sens, c'est très moderne, c'est une méthode au hasard. Les cueilleurs-chasseurs s'échangent comme ça. Quoi ? Des graines sauvages. Sauvages, hein. Je ne me donne aucune entreprise agricole. Ils échangent des graines sauvages. Ils se passent des graines. « Ah tiens ! Moi j'en ai trouvé là. » L'autre : « Ah bon, c'est pas plus bête... » Et puis, du petit animal sauvage pas méchant, qui mord pas trop, qui pique pas, qui mord pas. Bon, supposez que tout ça soit mis dans un sac, dans deux sacs, les petits animaux et les graines sauvages dans des sacs différents. Il va se produire deux phénomènes, d'abord au hasard, il va y avoir une production au hasard, c'est pour ça que je dis que tout est dans un sac. Il va y avoir deux phénomènes très, très curieux, très, très importants : des phénomènes d'hybridation de graines qui ne se seraient jamais produite sinon et des phénomènes de sélection naturelle entre les petites bêtes qui ne se seraient jamais produites sinon. Ces graines sauvages sous une forme hybride, supposons que faut du temps, oui, vous me direz, mais alors tu te donnes beaucoup de temps, etc. mais accordez moi tout ça, tu te donnes l'échange, tu te donnes du temps... Alors rappelez vous qu'il faudra bien que j'essaye de procéder par ordre parce que si je mélange tout à la fois ça va être terrible, que j'aurais à essayer d'expliquer tout ça. Et j'en reste au schéma de Jane Jacobs. Supposons qu'il y ait une formation sociale qui se donne comme tâche de mettre ces graines sauvages issues de territoires différents dans un sac. Ça fait des hybrides. Notez, sur leur propre territoire, ces gens là vont semer les hybrides. Évidemment, ça implique déjà un équivalent d'une formation impériale. C'est qu'on stocke. Mais ce qu'il y a de formidable dans cette hypothèse, sentez le renversement, l'importance de... par rapport au schéma marxiste qui était déjà très profond, mais par rapport au schéma marxiste très classique : ce n'est plus le surplus qui rend possible le stock, non, c'est juste l'inverse. C'est l'art du stock, à savoir mélanger les graines sauvages qui va rendre possible l'existence d'un surplus, c'est à dire des hybrides plus féconds, plus productifs que les graines sauvages. Va se faire une série d'hybridation, une série de sélection qui va opérer sur le sol de cette formation stockeuse, sur le sol même de la formation impériale. D'où les très belles conclusions de Jane Jacobs lorsqu'elle lache ou suggère des formules du type : mais c'est évident, c'est l'Empire, et c'est même la ville, c'est l'Empire et c'est sa concrétion, la ville, on verra plus tard en quel sens, là je m'engage dans toutes sortes de direction, qui invente l'agriculture. Ce qui est très important, c'est que ça me paraît aller beaucoup plus loin dans les, que toutes les critiques qu'on a fait jusqu'à maintenant de l'évolution. Vous avez plus du tout un stade par exemple, cueilleurs-chasseurs, petits agriculteurs, bourgades, villes, Empire, du tout. Vous avez des formations impériales directement en prise sur les groupes cueilleurs-chasseurs. Et c'est la formation impériale, et c'est la ville qui invente l'agriculture. L'agriculture vient de la ville. L'élevage vient de la ville. Bon, si j'essaye d'établir les renversements par rapport à Marx. Dans la conception marxiste, il fallait bien la possibilité d'un surplus pour qu'il y ait stock, là au contraire, c'est la constitution du stock qui rend le surplus possible. Dans le schéma marxiste, la formation despotique impériale présupposait des communautés agricoles déjà développées, là ça devient l'inverse. La formation de l'agriculture est un produit de la formation impériale archaïque. C'est pour ça qu'il s'agissait pas simplement de reculer les dates, de repousser le néolithique au paléolithique, mais que, si vous acceptez sous des données archéologiques de repousser les formations archaïques impériales jusqu'au paléolithique, c'est les termes mêmes du problème qui changent. Et à ce moment là je peux dire, en effet : mais, c'est la formation impériale archaïque qui créé ou qui rend possible le mode de production et pas du tout l'inverse. Avec quelle conséquence ? C'est qu'à ce moment là on se trouve devant une critique évolutionniste brisée, je veux dire, il faudra bien se débrouiller dans un champ de coexistence. Comment expliquer la coexistence, dès le paléolithique entre des communautés dites primitives de cueilleurs-chasseurs, des formations impériales étatiques, des villes, des machines de guerre et bien d'autres choses encore ? Je voudrais que la prochaine fois, voilà, alors donc la prochaine fois, on divise en deux, hein, pour qu'on soit moins nombreux et qu'on puisse mieux travailler. Et puis alors, voyez, je voudrais que ceux d'entre vous qui sont concernés par ces problèmes me fasse revenir là-dessus et disent même ce qu'ils pensent de là où on en est, et puis on continuera.

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H
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